Blatte de jardin : reconnaître l’Ectobius et faut-il s’inquiéter ?

Voir un insecte brun clair filer entre deux pots de géraniums ou traverser la terrasse un soir d’été fait souvent penser au « cafard » et déclenche aussitôt la méfiance. Pourtant, dans une grande partie

Sophie Martineau

Rédigé par : Hugo Lemoine

Publié le : juin 5, 2026


Voir un insecte brun clair filer entre deux pots de géraniums ou traverser la terrasse un soir d’été fait souvent penser au « cafard » et déclenche aussitôt la méfiance. Pourtant, dans une grande partie des jardins français, il s’agit tout simplement d’une blatte de jardin, le plus souvent du genre Ectobius, un insecte de jardin discret, utile et très différent des cafards de cuisine qui posent de vrais problèmes sanitaires. Comprendre comment reconnaître une blatte de ce type, connaître son mode de vie et le risque réel qu’elle représente évite bien des paniques inutiles, et surtout des traitements chimiques aussi coûteux qu’inadaptés.

La question revient souvent chez les particuliers qui bricolent dehors, tondent la pelouse ou déplacent des sacs de terreau : « Est-ce que ces petites bêtes vont envahir la maison ? ». Dans la grande majorité des cas, la réponse est non. La blatte française de jardin, parfois appelée à tort « cafard de jardin », vit dehors, dans les feuilles mortes, les haies et les abris de bois. Elle se nourrit surtout de matières végétales en décomposition et ne cherche absolument pas à coloniser une cuisine chauffée et sèche. Une fois entrée par erreur à l’intérieur, elle survit rarement plus de quelques jours. Savoir faire la différence entre blatte non nuisible et blatte domestique est donc la première marche pour réagir calmement, sans asperger tout le logement d’insecticide.

  • La plupart des petites blattes vues dehors sont des Ectobius, inoffensives.
  • Elles vivent dans les feuilles mortes, les haies, les paillis et les tas de bois.
  • Elles n’infestent pas les maisons et ne se reproduisent pas en intérieur.
  • La couleur claire, le comportement diurne et la petite taille aident à l’identification.
  • Quelques gestes simples suffisent pour limiter leur entrée dans le logement.
  • Les traitements lourds ne se justifient qu’en présence de vraies blattes de maison.

Blatte de jardin Ectobius : morphologie, couleurs et indices visuels pour bien la reconnaître

La première chose à faire avant de parler « danger » ou « invasion », c’est de savoir à qui on a affaire. Sur le terrain, beaucoup confondent une blatte de jardin avec une blatte germanique ou orientale, tout simplement parce que l’œil ne sait pas encore quoi regarder. Une fois qu’on a les bons repères, l’identification de blatte devient assez simple, même pour un non-spécialiste.

Les espèces du genre Ectobius les plus fréquentes en France, comme Ectobius pallidus, mesurent en général entre 6 et 14 mm, parfois un peu plus pour les femelles bien développées. C’est donc un insecte plutôt petit, surtout comparé aux gros cafards tropicaux dépassant les 3 cm. Le corps est allongé et assez aplati, avec des antennes fines qui peuvent être plus longues que le corps. Vu de profil, l’insecte est beaucoup plus « léger » et gracile que la grosse blatte de cuisine qui donne cette impression de plaque sombre compacte.

Côté couleur, la blatte commune de jardin affiche souvent des teintes brun clair, beige ou brun doré. Certains individus paraissent presque translucides quand la lumière les frappe bien. C’est l’opposé d’une blatte germanique typique, brun foncé, parfois tirant sur le noir, avec un pronotum (la plaque juste derrière la tête) marqué par deux bandes noires parallèles. Ce détail est capital : une blatte française du genre Ectobius n’a pas ces deux bandes. L’absence de ce motif, combinée à la couleur plus claire, met déjà sur la bonne piste.

Les ailes donnent aussi des informations. Chez Ectobius, les adultes possèdent des ailes bien développées, plus longues chez le mâle que chez la femelle. Elles sont souvent légèrement translucides, avec un reflet tirant sur le miel. Ces blattes sont capables de voler sur de courtes distances, surtout quand elles sont dérangées ou attirées par une source lumineuse. À l’inverse, certaines blattes de maison ont des ailes vestigiales ou ne volent quasiment jamais, se contentant de courir à toute vitesse au ras du sol et de disparaître sous les meubles dès qu’on allume la lumière.

Un autre repère utile, même si on n’a pas de loupe, c’est la silhouette globale et la finesse des pattes. L’insecte de jardin Ectobius semble plus « fragile », avec des pattes longues et fines qui lui permettent de grimper sur les tiges de plantes, les pots de fleurs ou les bardages. Une blatte de cuisine adulte donne au contraire une impression de masse compacte, avec un abdomen plus large et des pattes proportionnellement plus courtes. Vu sur un mur extérieur en plein jour, un Ectobius qui monte tranquillement au soleil est quasiment un cas d’école.

Pour synthétiser ces critères, voici un tableau comparatif pour une première identification de blatte à la maison, sans matériel particulier :

Caractéristique Blatte de jardin (Ectobius) Blatte de maison (germanique/orientale)
Taille moyenne 6 à 14 mm, silhouette fine 12 à 30 mm, corps large et massif
Couleur Brun clair, beige, doré, parfois translucide Brun foncé à noir, aspect plus sombre
Motif sur le pronotum Aucun motif marqué, teinte uniforme ou légèrement tachetée Souvent deux bandes noires distinctes (blatte germanique)
Ailes Ailes claires, vol possible sur courte distance Peu ou pas de vol, ailes plus opaques
Lieu d’observation typique Jardin, pots de fleurs, feuilles mortes, terrasse ensoleillée Cuisine, salle de bains, cave, proche des aliments

En résumé, si un petit insecte brun clair, plutôt fin, circule sur le rebord de fenêtre en plein après-midi, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une blatte non nuisible de jardin. C’est ce tri visuel, fiable et rapide, qui évite de dégainer la bombe insecticide pour rien.

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découvrez comment reconnaître la blatte de jardin ectobius, ses caractéristiques principales et si sa présence doit vous alerter ou non.

Comportement et habitat : comment vit réellement la blatte de jardin autour de la maison

Une fois la bête reconnue, la question logique qui suit, c’est : « Qu’est-ce qu’elle fait là ? ». Là encore, le comportement de la blatte de jardin n’a pas grand-chose à voir avec celui d’un cafard de cuisine. Pour schématiser, l’Ectobius est un insecte du dehors qui se retrouve parfois dedans par erreur, jamais l’inverse.

Les principales espèces d’Ectobius occupent des milieux riches en matières organiques : litière de feuilles, paillis de bois, talus couverts de végétation basse, tas de compost, piles de bûches légèrement humides. C’est leur zone de confort. Elles y trouvent à la fois la nourriture (débris végétaux, morceaux de bois en décomposition, micro-champignons) et l’humidité nécessaire à leur métabolisme. Dans un jardin entretenu, on les surprend souvent en soulevant un pot, une planche, ou en débroussaillant une haie trop dense.

Autre point clé : ces insectes de jardin sont très à l’aise avec la lumière. Beaucoup d’observations montrent des Ectobius actifs en plein jour, se chauffant au soleil sur une terrasse, un muret ou le dormant d’une baie vitrée. Une blatte germanique fera exactement l’inverse : elle attendra la nuit, profitera de l’obscurité pour sortir et mangera derrière les plinthes ou le long des canalisations. Le simple fait de voir une blatte commune dehors en début d’après-midi est donc déjà un énorme indice.

Pourquoi alors en trouve-t-on parfois dans une cuisine ou un salon ? Trois raisons principales se recoupent sur le terrain :

  • Attirance pour la lumière intérieure le soir, surtout fenêtres ouvertes.
  • Recherche de fraîcheur en période de canicule, maisons plus tempérées que l’extérieur.
  • Entrée accidentelle lors de déplacements de pots, de bois de chauffage ou de sacs de terreau.

Dans ces cas-là, l’Ectobius se retrouve littéralement en terrain hostile. L’air intérieur est souvent beaucoup trop sec, surtout dans les logements bien chauffés ou climatisés. Contrairement à une blatte de maison qui sait exploiter les moindres points d’eau (siphons, condenseurs de frigo, tuyauteries), la blatte de jardin a du mal à trouver des refuges adaptés. Elle tourne un peu, cherche une issue, puis finit par mourir naturellement si elle ne retrouve pas l’extérieur.

Un exemple concret : dans un pavillon avec terrasse carrelée, haie de laurier et tas de bûches sous appentis, il est fréquent d’observer quelques Ectobius au printemps, sur la façade sud. Ils montent sur les joints de carrelage, se réfugient sous les joints de dilatation, puis redescendent vers les feuilles mortes en fin de journée. Une fenêtre oscillo-battante laissée ouverte en continu crée un passage facile. Deux ou trois individus entrent ainsi chaque semaine en juin-juillet. Ils se font remarquer par hasard sur un mur blanc, on les prend en photo, et la panique monte. En réalité, aucune colonie ne s’installe, aucun œuf n’est pondu à l’intérieur.

Il faut vraiment insister sur ce point : en conditions normales, une blatte de jardin ne se reproduit pas en intérieur. Les œufs, portés dans des petites capsules appelées oothèques, sont déposés dans des milieux très spécifiques, dehors, avec l’humidité et la micro-faune adéquates. Une cuisine carrelée et une plinthe en MDF ne remplissent pas du tout ces critères. Si des oothèques sont repérées sur un plan de travail, un frigo ou derrière un meuble, il est nettement plus probable qu’il s’agisse d’une autre espèce, et là il devient pertinent de solliciter une désinsectisation professionnelle.

Un dernier paramètre qui explique la présence d’Ectobius autour de certaines maisons, c’est la manière dont sont gérés les espaces extérieurs. Paillis d’écorce en grande quantité, tas de feuilles jamais évacués, bois stocké directement contre le mur : tout cela crée un habitat idéal pour ces blattes sauvages. Ce n’est pas un problème en soi, mais si l’objectif est de réduire les visites accidentelles à l’intérieur, il faudra jouer finement sur ces aménagements. Le lien entre choix d’entretien du jardin et circulation de ces petites bêtes est plus direct qu’on ne le pense.

En gardant en tête ce mode de vie tourné vers l’extérieur, on comprend vite que la bonne réaction n’est pas d’asperger tout le jardin d’insecticide, mais plutôt de gérer intelligemment les interfaces entre la maison et le reste du terrain.

Blatte de jardin ou cafard de maison : évaluer le risque réel et savoir quand s’inquiéter

Venons-en à la grande question : faut-il s’inquiéter quand on trouve une blatte de jardin dans le salon ou la salle de bains ? Soyons clairs : dans l’immense majorité des cas, la réponse est non. Pour raisonner proprement, il faut distinguer le risque sanitaire, le risque de dégradation matérielle et le risque de véritable infestation.

Côté santé, une blatte non nuisible comme l’Ectobius pallidus ne se comporte pas du tout comme une blatte de cuisine. Elle ne vit pas dans les canalisations, ne fréquente pas les poubelles, ne piétine pas les résidus alimentaires humides derrière le frigo. Elle passe sa vie sur des feuilles, des écorces, des tiges de plantes. Le risque de contamination par des bactéries ou des germes pathogènes à l’intérieur du logement est donc extrêmement limité. Sauf allergie très spécifique aux insectes, une rencontre ponctuelle ne change strictement rien au niveau sanitaire.

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Concernant les matériaux, ces blattes de jardin n’ont ni la dentition, ni le comportement adapté pour attaquer un plancher, un meuble de cuisine ou un isolant. Elles ne rongent pas le bois sec, ne percent pas les emballages alimentaires, ne découpent pas les tissus. Au pire, un individu coincé derrière une plinthe va finir desséché, discret, sans impact sur le bâti. On est très loin des dégâts potentiels de certaines fourmis charpentières ou des termites qui peuvent ruiner une ossature en quelques années.

Le vrai sujet, c’est donc le risque d’infestation, c’est-à-dire l’installation d’une population qui se reproduit à l’intérieur et devient visible au quotidien. Sur ce point, tous les retours de terrain convergent : un insecte de jardin du genre Ectobius n’infeste pas les habitations. Le cycle de vie implique des conditions d’humidité, de température et de micro-habitat très difficiles à retrouver dans un logement moderne. Les quelques individus aperçus de temps en temps sont presque toujours des « touristes accidentels ».

Pour aider à y voir clair, voici un tableau d’aide à la décision sur le risque de blatte selon la situation observée :

Situation observée Probabilité d’Ectobius (blatte de jardin) Action recommandée
1 à 3 petites blattes claires vues dehors près des pots en plein jour Très forte Aucune inquiétude, simple observation, éventuellement photo pour confirmer
Une blatte claire isolée dans le salon, fenêtre ouverte, soirée d’été Forte La capturer avec un verre, la remettre dehors, vérifier les entrées d’air
Blattes sombres, vues de nuit dans la cuisine, fuyant la lumière Faible (probable blatte de maison) Ramasser un individu, faire identifier l’espèce, envisager un plan de traitement
Présence régulière de blattes, traces d’excréments, œufs (oothèques) à l’intérieur Faible pour Ectobius Contacter un professionnel pour diagnostic, ne pas se contenter de sprays grand public

Un point souvent oublié dans la discussion, c’est l’impact environnemental des traitements anti-blattes. De nombreux produits du commerce sont conçus pour des infestations de blattes domestiques résistantes, avec des doses de matières actives élevées. Les appliquer dans un jardin pour éliminer quelques Ectobius isolés revient à déséquilibrer tout un petit écosystème pour un problème qui n’en est pas un. La plupart du temps, c’est l’illustration parfaite d’un argent jeté par les fenêtres pour traiter un risque de blatte largement surestimé.

En clair, il devient pertinent de « s’inquiéter » uniquement dans deux cas : quand les individus observés ne correspondent pas au profil Ectobius (blattes sombres, nocturnes, cherchant fond de placard et zones grasses), ou quand on constate des signes de reproduction à l’intérieur (oothèques fixées derrière les meubles, petites blattes en nombre dans la même pièce). Tant que ce n’est pas le cas, une approche mesurée et documentée reste la meilleure option.

La clé, c’est donc de sortir du réflexe « un cafard = un produit » et de baser sa réaction sur une vraie observation du terrain. À partir de là seulement, le choix entre tolérance, simple prévention ou traitement ciblé devient cohérent.

Prévention et solutions naturelles : comment limiter l’entrée des Ectobius sans déséquilibrer le jardin

Une fois rassuré sur le fait que la blatte de jardin est peu dangereuse, l’objectif n’est pas forcément de l’éradiquer mais plutôt de réduire les rencontres à l’intérieur. Et là, quelques gestes simples, souvent liés à l’entretien des abords, font une vraie différence sans nuire au reste de la faune utile.

Premier levier très efficace : la gestion de l’humidité et des débris végétaux collés à la maison. Un paillage épais en écorce juste au pied du mur, un tas de feuilles mortes sous une fenêtre de sous-sol, un tas de bûches empilé contre la façade créent autant de refuges parfaits pour les Ectobius. En éloignant de 30 à 50 cm ces zones humides de la paroi, on diminue fortement les chances qu’une blatte commune de jardin se retrouve à quelques centimètres d’une ouverture.

Deuxième axe : le contrôle des points d’entrée. Les Ectobius ne savent pas ronger un joint ou ouvrir une grille, mais profitent de la moindre fissure ou moustiquaire mal ajustée. Sur une maison ancienne, la reprise des joints de seuil, des entrées de gaines, des grilles de ventilation et le remplacement des joints de fenêtres fatigués limitent tous les insectes errants, pas seulement les blattes. Sur un pavillon récent, cela passe souvent par l’ajout de moustiquaires bien tendues sur les fenêtres régulièrement ouvertes et par la pose de balais de porte efficaces sur les portes donnant sur terrasse ou jardin.

Les pièges collants peuvent servir d’outil de surveillance intéressant, surtout pour ceux qui doutent de l’espèce en cause. Placés le long d’une plinthe ou derrière une poubelle, ils permettent de capturer sans produit toxique les individus qui passent. On peut ensuite les observer tranquillement, voire envoyer une photo à un spécialiste ou à un service de pest control pour validation. Si ce sont bien des Ectobius, la capture n’a qu’un objectif de suivi, pas de lutte acharnée.

Quelques habitudes quotidiennes renforcent encore cette prévention douce :

  • Aérer plutôt tôt le matin ou tard le soir avec lumière intérieure éteinte quand c’est possible.
  • Éviter de laisser longtemps une porte-fenêtre entrebâillée la nuit avec lampe allumée juste derrière.
  • Nettoyer régulièrement les rebords de fenêtre, seuils de porte et rails de baies vitrées où se coincent feuilles et débris.
  • Entretenir les joints silicones des pièces humides pour limiter tous les insectes aimant l’eau.
  • Stocker le bois de chauffage sur un support légèrement surélevé, à quelques mètres de la façade.

Dans une maison avec jardin en périphérie de ville, ces mesures suffisent généralement à ramener la présence d’Ectobius à un niveau quasi invisible à l’intérieur : quelques individus par an, qu’on remet dehors d’un simple coup de balai. Rien à voir avec le régime de croisière d’une infestation de blattes de cuisine qui se compte en dizaines d’individus visibles en quelques jours quand les conditions sont favorables.

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L’avantage de cette approche, c’est qu’elle reste compatible avec un jardin vivant. Pas besoin d’empoisonner tout ce qui bouge. Les carabes, les lézards, les oiseaux insectivores continuent à faire leur travail de régulation naturelle. Les Ectobius restent là où ils ont leur rôle : dans les strates basses, à transformer les matières mortes en humus. Autrement dit, on canalise leur présence sans les éradiquer, ce qui est bien plus cohérent à long terme pour l’équilibre du terrain.

En cas de doute, l’étape intermédiaire intelligente avant tout traitement chimique, c’est le diagnostic. Plusieurs sociétés spécialisées, mais aussi certains services municipaux ou associations naturalistes, peuvent aider à confirmer si l’on a affaire à une blatte non nuisible ou à une espèce problématique. Une simple photo nette sous un bon éclairage suffit souvent, surtout si l’identification de blatte s’appuie en plus sur le lieu et l’heure de l’observation.

En résumé, miser sur la prévention, les barrières physiques et la connaissance des espèces permet de garder la main, sans transformer chaque insecte aperçu en ennemi à abattre.

Blatte de jardin, biodiversité et cohabitation : quel rôle joue Ectobius dans l’écosystème domestique ?

Ces dernières années, on parle beaucoup de biodiversité dans les jardins, de haies « vivantes », de prairies fleuries et de renoncement aux pesticides. La blatte de jardin s’inscrit pleinement dans cette logique, même si son image n’est pas aussi sympathique qu’une coccinelle ou un rouge-gorge. Pourtant, sur le plan écologique, elle fait partie des petites mains discrètes qui participent au bon fonctionnement du sol.

Les espèces du genre Ectobius sont essentiellement des détritivores : elles consomment des matières organiques mortes ou en décomposition. Feuilles tombées au sol, fragments de bois dégradés, résidus de végétaux coupés : tout ce qui s’accumule au pied des haies ou sous les massifs finit, à un moment ou à un autre, par être grignoté par ce type d’insecte de jardin. Ce travail de « nettoyage fin » accélère la transformation en humus, avec à la clé une meilleure structure du sol et une fertilité naturelle renforcée.

Dans un potager ou un jardin d’agrément, ce rôle discret évite de se retrouver avec une couche de déchets végétaux trop épaisse qui étoufferait les jeunes pousses. Associer des Ectobius, des cloportes, des collemboles et toute la petite faune du sol revient à recréer un mini-écosystème forestier sous les pieds. À l’arrivée, les plantes profitent d’un sol plus riche, mieux aéré, sans sac de terreau ajouté chaque printemps.

On oublie aussi que ces blattes de jardin servent de nourriture à d’autres espèces : araignées, carabes, musaraignes, lézards, certains oiseaux insectivores s’en régalent. Autrement dit, supprimer systématiquement les blattes revient à affaiblir toute une chaîne alimentaire. À l’échelle d’un lotissement, multiplier les traitements anti-insectes pour des Ectobius isolés conduit à des jardins visuellement « propres » mais beaucoup plus pauvres en vie, avec à la clé plus de problèmes de pucerons ou de chenilles par exemple.

Cohabiter avec une blatte non nuisible, c’est donc accepter l’idée que tous les insectes n’ont pas vocation à être éradiqués. La vraie question devient : « Où les tolère-t-on et jusqu’où ? ». En général, les propriétaires souhaitent garder leur intérieur le plus neutre possible, tout en acceptant une certaine agitation dans les massifs, les haies et les zones de compost. C’est un compromis logique que les Ectobius respectent parfaitement, puisqu’ils ne cherchent pas à s’installer dedans.

Sur un plan plus large, la présence régulière de ces blattes françaises dans un secteur donné dit quelque chose de l’état du milieu. Un jardin où l’on aperçoit ponctuellement des Ectobius, des sauterelles, quelques abeilles sauvages et des papillons est rarement un désert biologique. À l’inverse, un terrain où rien ne bouge jamais, même en plein été, interroge sur la façon dont il est géré : tonte rase systématique, sols nus, traitements répétés… Dans ce contexte, voir une blatte de jardin passer sur une terrasse ensoleillée n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, au contraire.

Reste à adapter sa réaction en fonction de son seuil de tolérance personnel. Certains accepteront sans problème de voir de temps en temps un individu longer un mur extérieur. D’autres préféreront accentuer la prévention pour éviter toute entrée. L’important, c’est de baser ces choix sur une connaissance précise de l’insecte, et non sur la simple peur du mot « cafard ». À force de confondre tous les modèles, on finit par fragiliser des alliés sans régler le cas des vrais nuisibles.

Au final, considérer l’Ectobius comme un élément à part entière de l’écosystème domestique, plutôt que comme un intrus systématique, change radicalement la façon de gérer le jardin et la maison. On passe d’une logique de combat permanent à une logique d’ajustements et de seuils d’acceptation, nettement plus durable au quotidien.

Comment reconnaître une blatte de jardin Ectobius par rapport à un cafard de maison ?

Une blatte de jardin du genre Ectobius est en général plus petite (6 à 14 mm), de couleur brun clair à beige, souvent un peu translucide. Elle est visible en plein jour, parfois au soleil sur une terrasse ou un mur extérieur, et peut voler sur de courtes distances. Elle ne présente pas les deux bandes noires parallèles sur le pronotum qu’on observe chez la blatte germanique. À l’inverse, une blatte de maison est plus sombre, visible surtout la nuit et cherche à se cacher dès qu’on allume la lumière.

La blatte de jardin peut-elle infester ma maison et s’y reproduire ?

Non, les Ectobius sont des espèces extérieures. Elles vivent et se reproduisent dans les feuilles mortes, les tas de bois, les paillis et autres milieux humides du jardin. En intérieur, l’air est trop sec et les conditions ne conviennent pas à leur cycle de vie. Les individus qui entrent par une fenêtre ou une porte ouverte sont des visiteurs accidentels qui ne fondent pas de colonie dans la maison.

Les blattes de jardin sont-elles dangereuses pour la santé ou les matériaux ?

Elles ne représentent pratiquement aucun risque sanitaire dans un logement : elles ne vivent pas dans les canalisations ni sur les déchets alimentaires, contrairement aux blattes de cuisine. Elles ne rongent pas le bois sec, n’abîment pas les meubles et ne percent pas les emballages. Au pire, un individu se dessèche discrètement s’il ne retrouve pas l’extérieur. Les dégâts matériels sont donc inexistants.

Faut-il traiter chimiquement si je vois quelques blattes de jardin autour de ma maison ?

Pour quelques Ectobius observés dehors ou un individu entré par erreur, un traitement chimique n’est ni utile ni souhaitable. Mieux vaut miser sur la prévention : éloigner les tas de feuilles et de bois des murs, vérifier les joints et les moustiquaires, limiter l’attraction lumineuse le soir. Les insecticides lourds ne se justifient qu’en cas de vraie infestation de blattes domestiques confirmée par un professionnel.

Quel est le rôle de la blatte de jardin dans l’écosystème du jardin ?

Les blattes de jardin sont des détritivores : elles consomment des matières végétales mortes et contribuent à la formation d’un humus riche et vivant. Elles participent à l’entretien naturel du sol et servent aussi de nourriture à d’autres animaux comme les araignées, les carabes, les lézards ou certains oiseaux. Les considérer comme des auxiliaires discrets plutôt que comme des nuisibles permet de préserver un jardin plus équilibré.

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